Là où le mobile ne passe pas
Une grande partie des vallées, des cols et des versants du département n'a aucune couverture. Un message texte y arrive quand même, de relais en relais, sans antenne d'opérateur.
Hautes-Alpes · Gap et vallées
Des messages texte portés de crête en crête par des radios de la taille d'un paquet de cartes. Pas d'abonnement, pas d'antenne-relais, pas d'Internet. Le réseau n'existe pas encore : voici ce qu'il faut pour le faire exister.
Liaison confirmée Ellipsoïde de Fresnel Site validé, à équiper Relais tiers actif
État du réseau
Aucun relais n'est encore posé. Ce qui existe, c'est une liaison de 9,9 km confirmée sur le terrain le 10 août 2026, un site validé par cette mesure, et cinq nœuds qui tiennent sur une table chez l'opérateur. Ce tableau est l'état réel, pas une projection.
Ce qui est mesuré
Confirmé par une mesure Site validé, à équiper À reconnaître ou sans réponse Nœud d'infrastructure local
| Nœud | Lieu | Rôle | Alt. | Alim. | Dernier advert | État |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 05MANSE | Col de Manse | Repeater | 1 268 m | Solaire | aucun | Sans réponse |
| 05SIGOLM8ReN | Sigoyer | Repeater | — | — | 10 août 2026 | Actif |
| 05GAP-CHP-COL | Ferme du Col, Gap | Repeater | 953 m | Solaire | — | Site validé |
| 05GAP-CHP-STMENS | Colline de Saint-Mens, Gap | Repeater | 845 m | Solaire | — | À reconnaître |
| 05GAP-CHP-CHARANCE | Massif de Charance | Repeater | 1 400 à 1 900 m | Solaire | — | À reconnaître |
| 05GAP-CHP-VIGIE | Gap, versant ouest | Companion, passerelle | 840 m | Secteur | — | Actif |
| 05GAP-CHP-OBS | Gap, versant ouest | Companion, observateur | — | Secteur | — | Actif |
| 05GAP-CHP-ROOM | Gap, versant ouest | Room server | 840 m | Secteur | — | Actif |
| 05GAP-CHP-PROBE | mobile | Companion, sonde | — | Batterie | — | Actif |
| 05GAP-CHP-SC | mobile | Companion | — | Batterie | — | Actif |
Les valeurs seront alimentées automatiquement par la passerelle du réseau une fois celle-ci en service. Tant qu'aucun relais n'écoute, un nœud peut être actif sans apparaître ici.
À quoi ça sert
Le réseau transporte du texte court, des positions et des mesures. C'est peu, et c'est exactement ce qui lui permet de fonctionner là où le reste s'arrête.
Une grande partie des vallées, des cols et des versants du département n'a aucune couverture. Un message texte y arrive quand même, de relais en relais, sans antenne d'opérateur.
Une panne longue, une tempête, une ligne arrachée : le réseau continue. Les relais sont solaires, ils ne dépendent ni du secteur ni d'Internet. Rester joignable entre voisins et hameaux devient possible.
Un capteur relié au réseau remonte une donnée sans abonnement : hauteur d'un cours d'eau, température en altitude, niveau d'une citerne, état d'un local isolé.
Trail, course d'orientation, chantier, transhumance : coordonner des équipes dispersées sur un terrain sans réseau, sans louer de matériel radio ni former personne.
Le réseau est un support pédagogique concret : propagation radio, lecture de terrain, protocoles, cryptographie. Chaque mesure faite sur le terrain est une donnée réelle, pas un exercice.
Une infrastructure de communication tenue par ceux qui l'utilisent, dont personne ne peut couper l'accès, changer les conditions ou revendre l'usage.
Ce que ce réseau ne fait pas
Premiers services
Le réseau ne produit aucune alerte. Il relaie, en texte court, des bulletins publics déjà émis par les services compétents, avec leur source et leur horodatage. Rien n'est reformulé, rien n'est interprété.
Météo-France
Rediffusion des niveaux orange et rouge pour les Hautes-Alpes. Les niveaux jaunes ne sont pas relayés : une alerte qui sonne trop souvent n'est plus une alerte.
Vigicrues
Changements de couleur des tronçons surveillés. Le bulletin complet reste consultable auprès de la source, le réseau ne transporte que le changement d'état.
Préfecture des Hautes-Alpes
Niveaux de risque feux de forêt, interdictions d'accès aux massifs, arrêtés de restriction. Information réglementaire, publiée telle quelle.
Météo-France montagne
Indice de risque par massif en saison : Dévoluy, Champsaur, Embrunais, Queyras. Consultation, sans notification.
Réseau
Disponibilité de chaque relais, dernière émission entendue, niveau de batterie. Savoir sur quoi on peut compter fait partie du service.
Entre membres
Messages privés chiffrés de bout en bout et salon public du département. C'est la fonction première du réseau, les autres services s'y ajoutent.
Ce que cela implique
La méthode
En montagne, ce n'est pas la distance qui coupe une liaison, c'est ce qu'il y a entre les deux points. Le placement des relais se calcule avant de se tester. Voici comment.
Les données d'altitude de l'IGN, en résolution métrique, remplacent les modèles mondiaux à 30 m qui lissent justement les crêtes responsables des masques.
Pour chaque emplacement candidat, on calcule la zone réellement visible depuis une antenne à six mètres du sol. C'est la carte de couverture optique du point.
Chaque parcelle visible est pesée par le bâti qu'elle contient. Couvrir une forêt ne sert à rien : le meilleur point est celui qui voit le plus de toits.
On retient le meilleur point, on retire sa couverture de la carte, et on recommence. Chaque relais suivant est choisi pour ce qu'il ajoute, pas pour ce qu'il duplique.
Le calcul se trompe. On monte avec deux nœuds, on relève le niveau reçu à chaque point, et on corrige. Les relevés publiés améliorent les calculs suivants.
Première liaison confirmée du réseau
| Liaison | 05GAP-CHP-COL → 05SIGOLM8ReN |
| Distance | 9,9 km |
| Azimut | 256° |
| Dégagement requis à mi-parcours | 29 m |
| Rapport signal sur bruit, montant | −3,25 dB |
| Rapport signal sur bruit, descendant | +0,5 dB |
| Bidirectionnelle | oui |
| Relevé le | 10 août 2026 |
Le calcul disait que ça passait, le terrain l'a confirmé. Les valeurs sont faibles mais exploitables, avec un simple fouet tenu à la main : une antenne correcte sur mât apporterait 8 à 12 dB de marge. La même session a échoué vers le Col de Manse, à 12,4 km, ce qui a valeur de diagnostic sur ce relais plutôt que sur la méthode.
Mettre en commun
Chaque passerelle n'entend que ce qui lui parvient. Un lien entre deux relais éloignés existe sans que quiconque puisse l'observer. Le graphe réel du réseau alpin n'apparaît que si les opérateurs mettent leurs observations en commun.
Chaque opérateur publie ce que sa passerelle a entendu : un identifiant, un niveau reçu, un horodatage. Rien d'autre. Aucun contenu de message ne circule, jamais.
La liaison n'est pas déclarée, elle est déduite. Et elle reste dirigée : que Manse entende Charance ne dit rien de l'inverse. Ce déséquilibre est précisément ce qu'on cherche à révéler, car il signale les relais qui émettent bien mais entendent mal.
Le flux est sortant uniquement. L'agrégateur ne peut rien pousser vers l'installation d'un opérateur, et cesser de publier ne casse rien.
Format d'observation
{
"v": 1,
"observer": "a3f19c02b7d4",
"heard": "7e02b41cf986",
"ts": "2026-08-03T14:22:07Z",
"rssi": -104,
"snr": -8.5,
"path_len": 0,
"pkt": "advert"
}
Seules les observations à path_len nul établissent une portée radio directe. Les autres décrivent l'atteignabilité, ce qui n'est pas la même chose.
Accueillir un relais
Un relais tient dans un boîtier de la taille d'une boîte à chaussures, avec une antenne d'un mètre. Une fois posé, il ne vous coûte plus rien : ni électricité, ni connexion, ni entretien. Le matériel est fourni. Voici les vraies conditions.
Un pignon, un toit ou un mât qui voit la vallée. C'est le seul critère qu'on ne peut pas compenser.
Le relais est autonome : son panneau solaire et sa batterie couvrent l'intégralité de sa consommation, qui reste inférieure à un watt. Il ne se branche sur rien chez vous. Aucune facture, aucun compteur, aucune ligne à tirer.
Il n'utilise ni votre box, ni votre Wi-Fi, ni votre connexion Internet. Il ne communique que par radio, avec les autres relais. Il est invisible pour votre installation.
Une visite par an, au plus. Les mises à jour se font à distance, en Bluetooth depuis le pied du bâtiment.
Un point haut, c'est rare et ça ne se remplace pas. Vous n'hébergez pas un boîtier : vous ouvrez une direction que personne d'autre ne peut ouvrir. Chaque toit qui accepte rend visible une vallée de plus, et le réseau porte ensuite le nom du lieu, pas celui d'un opérateur.
Un relais ne se connecte pas à votre box et ne lit pas les messages qu'il transporte. Il est indépendant de votre réseau.
Rejoindre
Reportez ces valeurs sur votre appareil après l'avoir flashé. Elles sont communes à tout le réseau français : un seul chiffre différent et vous n'entendrez personne.
Ces valeurs ne suffisent pas : il faut aussi déclarer les régions, faute de quoi votre nœud entendra sans relayer. C'est le réglage le plus souvent manqué.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Fréquence | 869,618 MHz |
| Bande passante | 62,5 kHz |
| Facteur d'étalement | SF8 |
| Codage | CR8 |
| Puissance | ≤ 27 dBm PAR |
| Rapport cyclique | 10 % |
| Préfixe de nom | 05… |
D'où vient le nom
En 1792, Claude Chappe fait la démonstration d'un système pratique de télégraphie optique. Le principe : une chaîne de tours plantées sur les points hauts, chacune visible de la suivante, se relayant un message de proche en proche.
Chaque station portait un mât de sept à huit mètres surmonté d'un bras régulateur et de deux indicateurs articulés, manœuvrés depuis l'intérieur par des opérateurs appelés stationnaires. Une position du mécanisme valait un nombre, et ce nombre renvoyait à l'un des 8 464 mots d'un vocabulaire codé dont seuls les chefs de ligne détenaient la clé.
La ligne Paris-Milan comptait seize stations pour la seule Savoie et couvrait environ 1 200 kilomètres. Les Hautes-Alpes n'étaient pas sur son tracé, mais la contrainte était la même qu'aujourd'hui : trouver, de crête en crête, une suite de points qui se voient.
Deux siècles d'écart, même problème
| Le relais | Une tour à mât articulé | Un boîtier de 300 grammes |
|---|---|---|
| La contrainte | Visibilité directe | Visibilité directe |
| Le débit | Quelques mots par minute | Quelques mots par minute |
| La portée d'un saut | 10 à 15 km | 10 à 15 km |
| Le codage | 8 464 mots, clé réservée | Chiffrement de bout en bout |
| L'opérateur | Un stationnaire par tour | Un hôte par toit |
Le télégraphe Chappe a disparu du paysage, mais des toponymes en gardent la trace dans les Alpes : le col et le fort du Télégraphe à Valloire, la pointe du Télégraphe à Montdenis.
Ressources
Le réseau des Hautes-Alpes s'appuie sur un écosystème plus large. Voici les points d'entrée utiles, du logiciel à la communauté.